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Revue de presse




Mouvements pour une caméra
LA DANSE EN PIECES

Artiste, scénographe, homme de télé, Jérôme Cassou perçoit les chorégraphies comme des puissances plastiques et comme des relation entre des rôle ; Cinémathèque Française programme douze courts métrages de ce jeune réalisateur qui rassemblent des grands noms de la danse contemporaine : William Forsythe, Josef Nadj, Bouvier et Obadia, Philippe Decouflé…dont les interprètes, saisis en scène ou en répétition, apparaissent à la fois comme des couleurs, des statues et comme des personnages nés avec les moyens de la danse.


Chasseurs d’étoiles
DOCU. TENTER DE SAISIR LE MOMENT Où UN DANSEUR JOUE SA CARRIÈRE
LA FOIRE AU ÉTOILES

Dans son documentaire « Chasseur d’étoiles », Jérôme Cassou a planté sa caméra tout à côté des candidats ou des jurys, à Monaco par exemple pour l’audition du premier emploi. Histoire de comprendre quelle peut être la nature de la relation entre un directeur de compagnie et un interprète, entre un employeur et un futur employé. Curieusement, ce film de 52 minutes dévie de son objectif premier. Ce qui ne le rend pas forcément inintéressant. Si les « classiques » ont bien voulu ouvrir leurs portes, de Monaco à Marie-Claude Pietragalla (sélection pour l’Ecole Nationale Supérieure de Marseille), les « contemporains », eux, ont eu plus de mal à accepter l’intrusion d’un œil extérieur. La plupart s’en sont excusés, parlant de pudeur, d’autres n’ont simplement pas souhaité qu’on dévoile ce pan de leur activité et leurs critères subjectifs.
Intéressé par ce blocage, le réalisateur est parti à la recherche d’autres modes de sélection, qui seraient représentatifs du mode de recrutement de la danse contemporaine. Il est encore tombé sur un os, accueilli toutefois chez Pina Bausch par Dominique Mercy (…) Réalisateur de plusieurs films sur la danse et plus largement sur le spectacle vivant, Jérôme Cassou, venant des Arts Déco, a maîtrisé son sujet en ne le forçant pas. Lui-même participa à une audition pour Decouflé. Il se souvient avoir improvisé le rôle d’une endive.
Marie-Christine Vernay


Chasseurs d’étoiles
CHASSEURS D’ÉTOILES

Le titre est trompeur : ce ne sont pas les « proies » que le réalisateur Jérôme Cassou a filmé dans ce documentaire. De jeunes danseuses (toujours aussi peu de danseurs dans les rangs !) sont venues se présenter à différentes auditions dans l’espoir d’être choisies pour intégrer des écoles prestigieuses ou des compagnies de renommée internationale. D’abord, on se dit qu’en pleine vogue star’ac et autres Popstars filantes ce n’est pas idiot (à défaut d’être nouveau) de montrer le travail intense demandé à ces irréductibles passionnés, dont seuls les plus endurants, ceux qui sont dotés d’un corps suffisamment solide doublé d’un mental assez fort, ont une chance. (…) Alors, quand à la fin d’une audition la caméra surprend Karole Armitage allant vers elle, la félicitant, l’encourageant, on pense que le réalisateur ne va plus la lâcher cette chorégraphe intrépide sortie de l’ombre, pour enfin lui demander ce qu’il lui a plu chez Emilia. Mais non les scènes s’enchaînent, interviews de profs ou de danseurs, travail à la barre, attente et stress avant les auditions, sourires, larmes. Quelques beaux témoignages de danseurs »élus » qui ont rejoint la compagnie de Pina Bausch émaillent le film mais on reste malgré tout sur sa faim ; « Les chasseurs » ne sont pas sortis du bois.
Dominique Desré


Chasseurs d’étoiles
LA RONDE INFERNALE

A 16 ou 17 ans, l’âge où la plupart des adolescents se cherchent encore, un danseur termine sa formation. Après dix ans d’un apprentissage quotidien, il doit être prêt à entrer dans une compagnie et pour cela, passer de multiples auditions devant des chorégraphes et des directeurs de compagnies dont les critères de choix ne sont jamais les mêmes. Certains privilégient un physique parfait ou, au contraire, un corps plutôt expressif. D’autres cherchent d’abord une vraie personnalité artistique, d’autres encore s’attachent plus particulièrement à la technique. La participation « à ce marché à bestiaux », selon les mots du danseur Fabien Prioville, récemment engagé par Pina Bausch, suppose une solide constitution physique et mentale. Car il faut souvent passer de nombreux tests avant de parvenir à décrocher un emploi.
Dans ce documentaire sur les coulisses des grandes compagnies, le réalisateur Jérôme Cassou prend pour fil conducteur le parcours initiatique d’Emilia Giudicelli, élève en fin d’étude au conservatoire de Lyon, et nous fait partager ses craintes et ses espoirs. Emilia verra ses efforts récompensés par une place à l’Ecole de Maurice Béjart ; mais après une année, si le Ballet de Lausanne refuse de l’engager, recommencera pour elle la ronde éprouvante, mais incontournable, des auditions.
Sylvie Véran


Danse avec la vie
DANSE AVEC LA VIE

On a beau se mélanger joyeusement les pinceaux à chaque fois qu’on tente deux pas de tango, on naît danseur quoi qu’on fasse, on danse même si on en a pas conscience. Le fœtus palpite à l’écoute du rythme du cœur de la mère, les passants tricotent des plans de circulation urbain aussi sophistiqués qu’une chorégraphie de Merce Cunningham, les amoureux rejouent les plus beaux pas sans même le savoir. Jérôme cassou, réalisateur de ce documentaire, aime la danse et la voit partout. Avec raison. Il a demandé à un grand nombre de chorégraphes de partager avec le public leur passion de cet art, cette chose évidente, quotidienne qui les habite.
Nathalie Clouet, parfaite, se plante immobile au milieu d’une foule sur un trottoir et rêve sur les mélodies des corps qui se modulent selon l’environnement. Marion Lévy s’amuse à observer un chausson de pointe si rose à l’extérieur, si rouge sang à l’intérieur, avant de se lancer dans une affolante spirale chorégraphique. Sidi Larbi Cherkaoui se souvient des shows télé qui l’ont formé à la danse.
L’actrice Jeanne Moreau, qui aurait adoré devenir danseuse, tire le fil rouge de ces nombreux témoignages entrecoupés d’images de danseurs en mouvement. « Si on transformait nos tics de nervosité en un rythme, on retrouverait un calme intérieur, une harmonie » glisse-t-elle en souriant. Belle idée, mais quel boulot, surtout quand on n’ est pas danseur.
Rosita Boisseau


Seuls en scène
HARCÈLEMENT TEXTUEL

Premier des six volets que le réalisateur consacre aux spectacles vivants, dans la série « Les abords d’une scène », ce documentaire rare saisit au vol le plus intime du comédien, les moments où il creuse son texte, se bat contre lui, contre le metteur en scène, contre lui-même aussi. Jérôme Cassou montre même dans un montage presque onirique cette indiscrétion (acceptée bien évidemment), des extraits de spectacles, des bribes de direction d’acteurs, des plongeons depuis les cintres. Jouant de la caméra, comme le ferait un peintre, c’est de couleurs qu’il pare ce travail solitaire, dangereux, « difficultueux » comme dit Anne Alvaro.
Il y a les fiévreux, les diaboliques comme Denis Lavant qui avoue « J’ai cherché en moi le malfaisant » ; les périlleux tel Eric Caravaca qui confesse « Il faut un soir tout effacer, avoir un accident. Chaque fois, je me sens trop installé dans un rôle, je provoque l’accident et je travaille avec » chacun harcelant son texte et son jeu jusqu’au vertige. « Comme me l’a dit un jour Michel Bouquet, il faut l’apprendre jusqu’à ce qu’on ait envie de le jeter à la poubelle », raconte Emmanuelle Devos. Et là peut être, peut on « décoller ». La plus belle séquence suit le travail de Dominique Pinon qui tente de « refaire son corps en mots » et explique « l’acteur, s’il n’était pas le plus grand des désespérés qui soit, ne rentrerait pas en scène. Il ne pourrait pas passer le passage. »
Nita Rousseau


Seuls en scène
PLONGÉE DANS LA SCÈNE

A-t-on jamais compté les louables intentions qui pavent le sol du PAF ? Ces projets si attirants sur le papier, on en rêve déjà. Et plaf ! On s’ennuie à la troisième minute, quand on ne se marre franchement. Jérôme Cassou fait depuis 10 ans le critique pertinent dans « Rive Droite / Rive Gauche », le JT de la culture sur Paris Première. Il connaît bien le monde théâtral et chorégraphique. Et voilà qu’il a décidé de nous offrir pour l’été « Les abords d’une scène », où il scrutera tour à tour la solitude de l’acteur, puis entre autres, l’art de mettre en scène, les expériences de Joëlle Bouvier et Régis Obadia, pour finir par le statut du danseur aujourd’hui. Sacré programme, qui commence ce samedi avec « Seuls en scène » Le générique est prestigieux : Dominique Pinon, Anne Alvaro la singulière, Denis Lavant, Emmanuelle Devos, Daniel Znikk et Philippe Faure. Tous n’ont pas fait le choix du monologue. La solitude qu’évoque si souvent les comédiens se vit aussi sur un plateau à plusieurs. La caméra s’est invitée aux répétitions. Le micro capte les doutes, les hésitations – tendres aveux d’Emmanuelle Devos- la maturité de Dominique Pinon, impeccable passeur du très beau « Pour Louis de Funès », de Valère Novarina.
Soudain, un regret naît : que le réalisateur n’ait pas limité son incursion voyeuse à un seul comédien. On aurait rêvé cinquante-deux minutes autour d’Anne Alvaro, comédienne d’exception, trop peu connue du grand public. Ou de Denis Lavant dont les cavalcades dans un champs de tournesol, certes plaisantes, déroutent. Si l’on osait, on suggérerait à Jérôme Cassou un régime amaigrissant. Ses intuitions justes, son regard aigu sur l’acteur, étrange animal, s’en trouveraient embellies.
Sophie Rostain


Seuls en scène
SEUL EN SCENE : PORTRAITS D’ACTEURS

Percer le mystère de l’acteur, voilà un pari difficile à tenir. À l’occasion du Festival d’Avignon, neuf comédiens dévoilent une part de cette double personnalité, acteur et personnage, qui fascine tant le public.
Sur fond noir, le visage de Dominique Pinon se détache et ressemble à un masque. « L’acteur se cache en lui même pour jouer » concède t-il.La caméra scrute ces neufs comédiens, les pousse à la confidence. Anne Alvaro avoue qu’elle a mis du temps à venir à bout de son rôle dans « Couvre feu ». Denis Lavant, transfiguré lors de ses prestations, s’impose aussi bien sur scène, avec Néron, que dans un champs de tournesols où il s’exerce. Marianne Basler est un caméléon : exubérante dans « Andromaque », intimiste dans « L’homme difficile ».
La force de ce documentaire est de capter les regards et les paroles des acteurs au moment même où ils s’oublient et deviennent véritablement leurs personnages
« Pour jouer le diable, il faut chercher la part diabolique qui est en nous », explique Denis Lavant. Jérôme Cassou alterne témoignages de metteurs en scène et extraits de répétition. Caméra subjective, ralentis, jeux de lumière rendent certaines scènes particulièrement prenantes. Finalement, ce film contribue davantage à entretenir le mystère de comédien qu’à le dévoiler.
Vincent Michelon